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Enquête : les métiers du plaidoyer

En 2018, CAP! a recueilli les réponses d'une cinquantaine de professionnels francophones du plaidoyer. Portrait d'une jeune profession en plein développement.

Portrait robot d'un.e professionnel.le du plaidoyer

Le.a professionnel.le type du plaidoyer est une femme de 30 ans, qui a étudié les sciences politiques et travaille dans une ONG internationale de plus de 100 employés, sur des questions liées à la santé. Elle exerce ce poste depuis moins de 5 ans - il est vrai que contrairement aux ONGs anglophones, les ONGs francophones ont établi des directions du plaidoyer plus récemment. Auparavant, mis à part les ONG de campagne, les dimensions liées au plaidoyer étaient plutôt intégrées aux directions de la communication !

Son titre ? Il varie : chargé.e de plaidoyer, responsable de plaidoyer, de campagne, "plaidoyer et partenariat", "plaidoyer et communication", "analyse et plaidoyer", "advocacy officer" pour les anglophones... les professionnel.les du plaidoyer sont multi-casquettes !

Quelle formation pour devenir un.e professionel.le du plaidoyer ?

47% des répondants ont étudié les sciences politiques, 35% la sociologie, anthropologie et études de développement, et 25% le Droit. Une nette tendance donc vers les sciences sociales, qui est en lien avec le milieu de la profession : ONG, développement, coopération internationale... Malgré l'essor des professions du plaidoyer, rares sont pourtant les formations qui les ciblent explicitement. Quelques Masters, notamment dans les écoles et facultés de communication (dont sont issus seulement 6% des répondants à cette étude), ciblent désormais la "communication d'influence" et la "communication publique". En Droit, certains programmes intègrent désormais un parcours "droit du plaidoyer et affaires publiques".

Quels sont les domaines d'activité qui les emploient ?

La santé arrive en tête, sur les questions liées à l'accès aux soins notamment, mais les domaines sont variés : Droits humains, Solidarité internationale, populations marginalisées, Alimentation, Développement, Changement climatique... les chargé.e.s de plaidoyer sont de vrais couteaux suisses, et changent eux-même de secteur d'un emploi à un autre.

Pourquoi devenir un.e professionnel.le du plaidoyer ?

De façon générale, les professionnel.les du plaidoyer cherchent un emploi qui a du sens, une éthique, une utilité sociale, qui est en lien avec leurs idéaux de société et qui s'inscrit dans une idée de justice.

"Je veux être acteur du changement"... "Ce que je veux, c'est faire changer les choses" : elles et ils veulent que ça bouge !

Mais leurs compétences et leurs tâches sont variées (tout comme les services proposés par CAP!) : analyser, informer, sensibiliser, communiquer, rechercher, transmettre l'information, argumenter, apprendre en continu, être en contact avec les décideurs politiques et les médias, enquêter et recueillir des témoignages, définir une stratégie, engager un contact humain, rédiger, mobiliser, dialoguer avec de nombreuses parties prenantes, former des alliances... toutes ces tâches forment leur quotidien, pour le moins stimulant.

Une importante part du travail de professionnel.le du plaidoyer est ainsi liée à la nécessité d'engager les acteurs pour obtenir un impact sur la société. Un travail qui requiert de grandes compétences d'écoute, de recherche, d'analyse, une vraie sensibilité aux enjeux de société et aux plus vulnérables, mais aussi une capacité à trouver des solutions créatives et à mettre en place des solutions concrètes et pratiques pour trouver des leviers, passer les points de blocage et in fine obtenir un changement politique...

A quelles difficultés sont-ils confrontés ?

Excitant ? C'est certain. Mais pas facile.

Trois principaux défis sont apparus clairement au travers de cette enquête :

  • Planifier son agenda de travail sur un an ou plus

Être un professionnel.le du plaidoyer, c'est s'attaquer à des problèmes de fond complexes et qui dépendent de l'actualité. Être prêt à faire face à des lobbies puissants, à des intérêts financiers contraires, parfois à un manque de volonté politique, et aux aléas de l'actualité. C'est travailler dans l'urgence tout en élaborant des positionnements internes complexes et en mobilisant des acteurs très divers (et parfois en désaccord entre eux !) selon les principes de la gouvernance associative. Dans ce contexte qui varie constamment, beaucoup de professionnel.le.s du plaidoyer disent avoir du mal à planifier leur agenda de campagne sur le moyen et long terme. Pour cela, une règle : Flexibilité ! La planification et les rétro-planning sont des outils indispensables, mais vous aurez également besoin de les réévaluer et de les adapter au cours de l'année. Une astuce : les "scénarios en arborescence". Quand vous planifiez votre stratégie de plaidoyer, prévoyez différents scénarios. "Si .... alors Action 2A ; Si.... alors action 2B". Pensez à toutes vos hypothèses. CAP! propose de faciliter des ateliers de planification stratégique. Nous y accompagnons l'identification des hypothèses et la création de ces scénarios en arborescence.

  • Évaluer l'impact de vos actions de plaidoyer

L'évaluation d'impact dans le travail de plaidoyer est bien souvent qualitatif, et non quantitatif. Et les formations universitaires ne forment malheureusement pas à l'évaluation d'impact politique. Pourtant, des méthodologies existent ! Il est tout à fait possible de mettre en place un système de suivi-évaluation de son travail de plaidoyer, comme on le fait dans le cadre de projets de développement ou humanitaires. CAP! propose, à la demande, des formation avancées portant spécifiquement sur l'évaluation d'impact. Pour connaître les prochaines dates, écrivez-nous à info@cap-impact.org

  • Obtenir un changement réel et identifier des "succès" de plaidoyer

Le plaidoyer peut être fait de petites victoires (et c'est indispensable pour rester motivé.e), mais il vise souvent des résultats à long terme. Les problèmes étant complexes, les solutions s'inscrivent aussi dans la durée : patience, patience... mais c'est parfois difficile de rester mobilisé quand le changement se fait attendre et que des vies en dépendent ! Également, les enjeux sont parfois difficiles à prioriser : comment hiérarchiser une urgence humanitaire plus qu'une autre ? (Astuce: CAP! a développé des outils de priorisation pour vous aider dans ces moments là. Contactez-nous pour en savoir plus!)

Le.a professionnel.le du plaidoyer, ce mille-pattes social

La variété des tâches qui incombent aux professionnel.le.s du plaidoyer leur demande également de veiller à entretenir de perpétuels aller-retours entre réalité concrète du terrain et sphères nationales ou internationales de décision politique. La plupart des répondants à cette enquête ont souligné "le manque de connaissance du sujet" et "l'ampleur trop large des tâches à mener" comme leurs principales difficultés pendant leur première année de pratique professionnelle. Il leur a été nécessaire de se documenter, de lire, de consulter de multiples acteurs, et de devenir des "mille-pattes" : un pied sur le terrain, un pied dans la recherche, un pied dans la veille médiatique, un pied auprès des décideurs...

C'est ce qui rend cette profession passionnante. En plein essor, elle attire de nombreux jeunes soucieux des droits humains et de la justice sociale et/ou environnementale. Beaucoup témoignent de leur besoin de se retrouver pour échanger. Une communauté de pratique ? Pourquoi pas. Au sein de CAP!, nous étudions cette possibilité... 75% des répondants à cette étude ont exprimé leur envie de rejoindre, sur un site web ou via des rencontres, un groupe d'échange. Le site web de CAP! se propose d'être le lieu pour de tels échanges. N'hésitez pas à y proposer des articles et des partages de bonne pratique, le blog vous est dédié !