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Comment formuler un message de plaidoyer efficace ?

Cœur du plaidoyer, les messages permettent à l’organisation de synthétiser et préciser sa demande. Ce que nous voulons, c'est être entendus. Et au-delà, que notre message impacte notre cible, qu'elle la pousse à AGIR.
Mais comment faire ? Quelles seraient les éléments d'un message de plaidoyer efficace ?
S'il n'y a pas formule magique, il y a toutefois des petits "trucs et astuces" dont on peut s'inspirer...

Que ce soit dans un rendez-vous avec un décideur (qui a souvent peu de temps à nous accorder), dans une intervention publique (là aussi, avec une contrainte de temps), ou dans une interview avec un journaliste (qui retranscrira ce qu'il a saisi comme important dans ce que nous disions), nous voulons nous assurer d'être bien compris.

Or ce n'est pas une mince affaire...

Quels sont les principaux écueils à éviter ?

- Le trop-plein d'infos

Bien souvent, on veut en dire beaucoup, en peu de temps. La tête dans le guidon, on déborde d'informations... et on en inonde notre interlocuteur qui ne sait plus bien quel est le problème prioritaire et où l'on veut en venir.

La question à se poser : quel est le problème principal sur lequel on veut attirer l'attention ?

- Le jargonnage

Notre domaine d'expertise et de plaidoyer, on le maîtrise à fond... et il est souvent plein de termes techniques et d'abbréviations. LGBTIQ, REDD+, PA, AFD, PM, ESS,... ça vous parle ? Pas à tout le monde ! L'utilisation du "jargon" d'expert peut vite perdre notre interlocuteur. Évidemment, cela dépend de qui... si vous faites du lobbying auprès d'autres experts, lâchez-vous !

La question à se poser : comment expliquerais-je ce problème à une personne de mon entourage qui ne connaît pas le sujet (ma grand-mère, mon cousin, ma tante) ?

- Le message sans espoir

On est souvent rodés à présenter le problème. Bien. Mais présenter la situation de manière uniquement négative n'appelle pas à une action de la part de notre interlocuteur. Pire, cela peut lui donner l'impression que quoi que l'on fasse, on est impuissant à lutter (une rengaine facile qu'on entend souvent !).

La question à se poser : quelle solution concrète nous proposons ?

- Le message qui oublie qu'il n'est pas seul

Notre plaidoyer est important. Le problème contre lequel nous nous battons est d'intérêt général. Il est urgent d'y répondre. Soit. C'est évident à nos yeux. Ça ne l'est pas nécessairement pour notre interlocuteur, qui est souvent (surtout s'il s'agit d'un décideur politique, mais pensez aussi aux médias !) sollicité sur des centaines d'autres sujets d'importance. Nous allons devoir le convaincre de cette importance et de cette urgence.

La question à se poser : pourquoi notre interlocuteur devrait-il s'intéresser à ce problème ? Et pourquoi devrait-il s'y intéresser maintenant ? Quelle est la ou les deux raison(s) principale(s) qui devrai(en)t l'amener à s'y intéresser ?

- Le message qui s'adresse à tous... et à personne

Un message général, clair, une solution concrète... bien. Mais quel est le rôle de notre interlocuteur là-dedans ? Encore une fois, si la solution est  loin de lui, on peut vite se retrouver face à un mur : "ça m'a l'air très bien, bon courage". Non. Ce qu'on veut, c'est que notre interlocuteur agisse.

La question à se poser : qui est notre cible et quel est son pouvoir d'action ? Que veut-on qu'elle fasse ?

- Le message timide

Le message timide commence souvent par une explication du problème, pour entrer en matière, tout doucement. Il est pertinent. Il fonctionne lorsque le public est déjà intéressé. Malheureusement, à l'heure du déficit d'attention globalisé, il peine souvent à être entendu. Un petit truc : une accroche. Un fait saillant, un chiffre étonnant, une image parlante, qui "accroche" l'attention de l'interlocuteur.

La question à se poser : quel est le fait ou l'illustration marquant qui pourrait faire se retourner quelqu'un en disant "Ah oui ? Je ne savais pas ! Dites m'en plus !"

Quels éléments intégrer dans un message de plaidoyer ?

Le canevas proposé ici est un petit outil pratique que je propose dans le cadre de la formation "Stratégies et outils du plaidoyer". Il permet de n'oublier aucun élément et de se poser les bonnes questions : Comment puis-je accrocher l'attention ? Quel est le problème ? Pourquoi ce problème est-il important ? Qui doit agir ? Qu'est ce qu'il ou elle doit faire ?

(Slide extraite de la formation "Outils et Stratégies du Plaidoyer" - CAP!)

Quelques exemples :

(Accroche) Au Québec, le mois dernier, dix patients atteints de diabète de type 1 sont morts précocement et une vingtaine souffre de complications. (Problème) À Montréal les gens atteints de diabète de type 1 meurent précocement et souffrent de complications coûteuses, parce qu’ils ne peuvent plus obtenir d’insuline gratuite auprès de leur clinique en raison des restrictions budgétaires. (C'est important parce que...) Au Canada le coût de l’insuline est inabordable pour beaucoup de personnes atteintes de diabète de type 1, parce que son coût représente l’équivalent de 10% du salaire mensuel d’une personne. Or le coût de traitement des complications représente aujourd'hui X millions de dollars pour le budget de santé de l'Etat. (Cible) Nous exhortons le Ministère de la Santé (Action souhaitée) à rétablir le budget pour l’insuline pour sauver des vies et économiser des coûts à long terme pour le pays.

(Accroche) Chaque seconde en 2017, l'équivalent d'un terrain de football a été déforesté. (Problème) L'agriculture et l'élevage intensifs, les cultures de palmiers à huile, et l'exploitation minière progresse rapidement. A cette allure, les forêts tropicales de l'Amazonie et d'Afrique Centrale seront bientôt détruite. (C'est important parce que...) Les grands bassins forestiers tropicaux sont les poumons de notre planète : il est encore temps de les sauver, mais nous n'avons plus une minute à perdre. C'est une question de survie. (Cible) Citoyens, demandez aux gouvernements européens (Action souhaitée) de s'engager fermement pour un programme de lutte contre la déforestation ambitieux dans le cadre de la COP21 en signant la pétition : www. ... .org *

* Petit tweak ici: nous avons deux cibles et deux actions ! La cible principale est "les gouvernements européens" à qui il est demandé un engagement politique. La cible secondaire est "les citoyens", qui signeront ici une pétition pour atteindre, grâce à la mobilisation et à la force du pouvoir collectif, les Etats européens.

Et ensuite ?

Ces messages seront ensuite déclinés sur divers supports et canaux de communication (visuels, utilisés dans des entretiens, ou comme canevas d'une intervention publique), et adaptés à notre interlocuteur (plus ou moins expert du sujet, par exemple). Il ne s'agit pas d'un message fixe à répéter tel quel mais bien d'une formulation "de base" de notre message de plaidoyer qui nous permet de nous entraîner à n'oublier aucun de ces éléments. L'avoir sur une petite fiche sous la main lors d'une entrevue peut souvent s'avérer utile lorsqu'on perd le fil !

A vous de jouer !